Le site filmographique
Malik ZIDI
2002 -
Les Thibault
Réalisation Jean-Daniel Verhaeghe

page 02
Interviews Malik Zidi

 

A propos du personnage joué par Malik Zidi, Jacques Thibault : Fils cadet, secret et révolté, il s'oppose dès le plus jeune âge à l'autorité parentale. De fugue en rupture, Jacques trace son chemin en marge du clan Thibault, en totale contradiction avec ses idées. "Il paraissait vraiment tenir, dans ses étranges groupements, une place à part; on le consultait, on quêtait son approbation, on craignait son blâme; manifestement aussi, on venait se réchauffer le cœur près de lui." (Roger Martin du Gard).

"Joseph, c'est un garçon en mouvement, c'est celui qui court toujours, qui a découvert l'héroïsme de la fuite, l'héroïsme de vivre. Il court après son enfance, ou bien pour l'oublier. Il court après le vrai, le beau, le juste. Il court pour ne pas mourir. Sa course est maladroite et pourtant sa trajectoire est juste. Enfin, Joseph va s'arrêter et s'asseoir : ce sera pour courir après les mots, être un rapporteur poétique, occuper l'espace de la page blanche, trouver son langage et sa place". Malik Zidi.

L'interview de Malik Zidi pour France 2 : « Des gens qui se croisent et se manquent » par Malik Zidi

On n'incarne pas impunément Jacques Thibault. On n'incarne pas la figure même de la liberté et de l'insoumission sans s'exposer au petit jeu des ressemblances. L'intéressé préfère s'en amuser. « Il fallait un rouquin, ça tombait bien. J'espère que les ressemblances physiques s'arrêtent là : dans le livre, il est précisé que Jacques a physique un peu ingrat ! (rires) Pour le reste, il est difficile de ne pas s'identifier à lui. C'est le héros romantique sans mièvrerie dont on rêve. Pas l'utopiste qui viendra pleurnicher qu'il s'est fait avoir. S'il se fait avoir, ce sera avec les autres. Il assumera. Il a connu l'oppression et l'écrasement : il y puise une jeunesse, une énergie et un désir de revanche. Pas une petite revanche personnelle, mais quelque chose qui s'incarne dans un projet collectif, social et politique. »

En tout cas, il y a chez Malik Zidi, la même urgence que chez Jacques Thibault. Cinq années de « carrière », une poignée de films et deux nominations au César du meilleur espoir masculin lui ont suffi pour se faire un nom. Un passage éclair par un cours de théâtre &endash; celui de Véronique Nordey &endash;, « deux semaines plus tard, j'étais engagé dans une troupe. » La même assurance un peu crâne, le même culot naïf, aussi. « J'ai envoyé un CV manuscrit décoré de masques de théâtre (rires) où je m'étais inventé des tournées en Belgique, des stages de comédie dans des endroits improbables. Il faut bien un peu forcer un peu sa chance ! On m'a fait passer une audition. Je m'étais totalement mis dans la peau d'un acteur professionnel, il faut croire que j'étais crédible. » Tout s'enchaîne… « Un soir de représentation, une directrice de casting m'attendait : Nicole Garcia souhaitait me voir. Un mois plus tard, je me retrouvais face à Catherine Deneuve dans Place Vendôme. Ensuite, il y a eu Gouttes d'eau sur pierre brûlante, de François Ozon. Un tournant. Mon premier rôle important. C'est grâce à lui que Michel Deville m'a proposé de jouer dans Un monde presque tranquille. »

« Aller jusqu'au bout. Même si au bout il y a la faux »

« Je ne connaissais pas Jean-Daniel Verhaeghe, ni son travail. Il ne me connaissait pas, ne m'avait jamais vu jouer. C'est une idée de Jean Nainchrik, de nous avoir fait nous rencontrer. Le jour du rendez-vous, la personne avant moi a pris plus de temps que prévu. À ce moment, je tournais chez Deville, je devais aller travailler, alors j'étais un peu stressé. Quand est arrivé mon tour, j'ai dit : 'Désolé, mais je n'ai que 5 minutes'. J'en ai encore honte… Ça commençait mal ! Cela dit, il ne nous a pas fallu plus de temps, à Jean-Daniel et à moi, pour bien nous aimer. Deux heures plus tard, il m'a rappelé. J'avais le rôle. »

Les Thibault ? « Comme beaucoup de gens, j'étais passé à côté, en imaginant un gros roman bourgeois un peu mou, ennuyeux. Je l'ai lu trois mois avant le tournage et j'ai réalisé à quel point je me trompais. On dit souvent que Martin du Gard n'a aucun style, ce qui me paraît injuste. Il est souvent si subtil et si retenu qu'il faut être très attentif pour le saisir. Mais surtout, ce qui émerveille, c'est l'humanité du bonhomme, la finesse avec laquelle il analyse les âmes. Les Thibault, c'est au fond l'histoire de gens qui se croisent et finalement se ratent. Inexorablement. C'est vrai que c'est assez pessimiste, cette idée de destins fatals. (Moi, je la trouve plutôt juste, même si aujourd'hui on se raconte des histoires pour se persuader que chacun est libre d'inventer sa vie à sa guise.) Mais il y a pourtant chez Martin du Gard un amour &endash; même s'il est sans illusion &endash; pour l'homme, une foi immense en ses personnages. Tous, du père Thibault à Gise, d'Antoine à madame de Fontanin, tous passent à côté de quelque chose. Mais passionnément. Ce ne sont pas des êtres vides, aux destins fades. Ils sont habités par une puissante force de vie, une volonté farouche d'aller jusqu'au bout. Quand même. Même si au bout, il y a la faux… c'est cette passion qui rend tous ces personnages humains, touchants, qui nous interdit d'en condamner aucun. Même Meynestrel, qui sombre dans la folie par amour, même Fontanin, le séducteur, qui fait souffrir sa femme et ses enfants. »

Interview de Malik Zidi dans l'Humanité du 01-11-2003 - Dans les Thibaut, Malik Zidi interprète Jacques. Un personnage qui lui ressemble : "J'ai assisté à l'assassinat de Jaurès"

Son histoire est de celles dont ont besoin le cinéma et le théâtre pour entretenir autour d'eux une aura mystérieuse et magique. La sienne n'est pourtant pas une légende. Malik Zidi n'a jamais aimé l'école qui le lui a bien rendu. À vingt-trois ans, il veut devenir comédien et s'inscrit aux cours de théâtre de Véronique Nordey : "C'était une urgence, je dis toujours ça mais je n'ai pas d'autre mot. J'avais vraiment besoin d'exister." Après trois mois, il ne tient plus et se lance dans une carrière professionnelle à la faveur d'un curriculum vitae inventé de toutes pièces. "Il fallait ça pour passer le casting", justifie-t-il. Retenu pour le rôle, il attend encore quelques mois avant de révéler un mensonge qui était entre temps devenu réalité.

Malik Zidi tournait déjà dans Place Vendôme, aux côtés de Catherine Deneuve : il avait compris plus qu'aucun autre que, quand il est fondé sur l'urgence, le jeu est un mensonge à l'opposé du rêve. Bien réel. C'était il y a cinq ans. Depuis, Malik Zidi a joué entre autres avec François Ozon dans Gouttes d'eau sur pierre brûlante Il a été nommé deux fois au césar du meilleur espoir masculin. Dans les Thibaut, il incarne Jacques, le fils. Un personnage qui lui ressemble.

Malik Zidi n'avait jamais lu les Thibaut, ne connaissait pas non plus le réalisateur, Jean-Daniel Verhaeghe. C'est le producteur, Jean Nainchrik qui les lui a présentés pour le rôle. Le courant est passé aussitôt, et le comédien a immédiatement été séduit par les trois tomes du roman de Roger Martin du Gard qu'il a lu au cours de l'été avant le tournage. Il l'a trouvé touchant, et surtout moderne : " Il évoque des préoccupations vraiment d'actualité. " Son personnage aussi lui a énormément plu, adolescent puis jeune homme révolté. " Jacques est un personnage qui a énormément de couleur. On le décrit toujours comme un utopiste, un rebelle. Mais pas dans le sens fade du terme : il ne s'agit pas d'un romantique mièvre. Comme tous les personnages de Roger Martin du Gard, qui sont touchants, bien réels, et pas du tout des fantasmes. " Malik Zidi n'apparaît qu'au second épisode. Avant lui c'est Geordy Monfils qui incarne un rôle qui s'étend en tout sur dix ans et commence dès l'enfance. " Quand on commence à travailler un personnage, souvent le metteur en scène demande : "Imaginez-le dix ans avant cette scène." En l'occurrence, toute l'évolution du personnage est écrite, de la soumission à la révolte, la matière est là. "

Enfant, Jacques Thibaut fugue avec son ami. Pour le punir, son père l'envoie dans une maison de correction qu'il a fondée. Discipline de fer. " Presque un couvent ", commente Malik Zidi. C'est plus tard que Jacques se met à décider lui-même de sa vie. Reçu troisième à Normale sup, il annonce à son père qu'il a l'intention de renoncer : ce qu'il veut, c'est écrire. Violente dispute. Le choix s'avère déterminant. Il quitte son père et se retrouve en Suisse avec des révolutionnaires socialistes, devient un proche de Jaurès. " Là, il commence à écrire ses premiers papiers, à avoir sa vie d'homme. Il le suivra jusqu'à son assassinat, à la veille de la guerre. " Malik Zidi parle de son personnage, comme il parlerait de lui-même. Comme pour dissiper toute confusion, il reprend en souriant : " Oui, j'ai assisté à l'assassinat de mon ami Jean Jaurès, au Café du Croissant. Il était assis là, des hommes sont entrés. " On y croirait. Le comédien finit par se prendre au jeu : "J'ai aussi assisté à l'agonie de Jean Yanne pendant trois quarts d'heure au troisième épisode".

A.Roy

 

Sommaire Les Thibault - Réalisation Jean-Daniel Verhaeghe
* Fiche technique et photos : page 01
* Interviews Malik Zidi et photos :
page 02
* Le
DVD

Retour au sommaire général de ce site : Malik Zidi - Clément Sibony

 

Sommaire du site Malik Zidi


© Site filmographique Malik Zidi