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Malik ZIDI
2003 -
Le Père Goriot
Réalisation Jean-Daniel Verhaeghe

 

TV - 2004 - Le Père Goriot - Réalisation Jean-Daniel Verhaeghe

Tournage en Roumanie à compter du 9 février 2004 - Adapté du roman de Balzac par Jean Claude Carrière - Adaptation et dialogue Jean-Claude Carrière - Image Victor Zak - Son Jean-Luc Rault-Cheynet - Décors Chantal Giuliani, Calin Papura - Montage Carole Equer-Hamy - Musique originale Caroline Petit - Couleur - Produit par Jacques Dercourt - Production France 2, Saga Film, RTBF, TCC Films Productions, TVR1-Televiziunea Romana, RadioTélévision belge de la Communauté française - 1h40

Diffusions-TV : RTBF, 14-09-2004 ; France 2, lundi 21-2-2005 (20h55)

 

Avec Charles Aznavour (Goriot), Tchéky Karyo (Vautrin), Malik Zidi (Rastignac), Nadia Barentin (Mme Vauquer), Maruschka Detmers (Vicomtesse de Beauséant), Florence Darel (Delphine de Nugingen), Rosemarie La Vaullée (Anastasie de Restaud), Pierre Vernier (Poiret), Anca-Ioana Androne (Victorine Taillefer), Raluca Penu (Mme Couture), Mihai Calin (Blanchon), Vladimir Ivanov (Gondureau), Luana Stoica (Sylvie), Eugen Cristea (le baron de Nucingen), Lamia Beligan (Thérèse)

Le sujet : Eugène de Rastignac, jeune étudiant en droit issu d'une famille aristocratique, candide provincial « monté » à Paris, arrive à la pension Vauquer. Il se lie d'amitié avec le Père Goriot, marchand de vermicelle qui s'est fabuleusement enrichi pendant la Révolution, et qui est aveuglé par l'amour qu'il tient à ses filles, Anastasie et Delphine. Mariées au-dessus de leur condition, elles dilapident la fortune de leur père.

Rastignac entreprend de séduire Delphine, mariée au richissime banquier Nucingen, qui vit dans les quartiers dorés de la finance et en devient l'amant. Derrière ce verni rutilant, le jeune homme découvre vite l'égoïsme de sa maîtresse et ses difficultés financières, et tente malgré tout, en vain, de la rapprocher de son père. Mais ses filles adorées viennent une nouvelle fois accabler le vieillard, qui n'a plus aucun moyen de régler leurs dettes.

Quand celui-ci se retrouve seul au Père Lachaise, après l'enterrement misérable de Goriot où ses filles ne se sont même pas dérangées, c'est en toute conscience de son destin qu'il lance depuis les hauteurs du cimetière son défi à Paris : « A nous deux maintenant ! ». Et cyniquement, il s'en va dîner chez sa maîtresse, tout à la fois femme du riche banquier Nucingen, fille du pitoyable Goriot, et clé de son ambition...

 

Lien web : Le Père Goriot sur le site du CNDP


Florence Darel, Charles Aznavour et Malik Zidi
Toutes les photos de Malik Zidi dans Le Père Goriot :

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Sortie en DVD le 22-02-2005

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Making of : secrets de fabrication - 28'51" - (Brigitte Bouvier et Philippe Gibson, CNDP)

Ce bonus nous permet de découvrir la face cachée du tournage et l'histoire de la production du film. Jean-Claude Carrière, le scénariste, Jean-Daniel Verhaeghe, le réalisateur et Jacques Dercourt, le producteur, nous expliquent leurs choix. Les acteurs racontent leurs personnages et le tournage en Roumanie. La décoratrice, Chantal Giuliani et la costumière, Bernadette Villard évoquent comment -en dépit des contraintes budgétaires- elles ont réussi à rester fidèles à l'univers balzacien.

La production ou comment tourner les contraintes à l'avantage du film

Le principal problème posé par l'adaptation du Père Goriot fut la reconstitution du Paris de l'époque. Dès les premières lignes du roman, Balzac se demande lui-même si ses scènes « pleines d'observations et de couleurs locales ne peuvent être appréciées qu'entre les buttes Montmartre et les hauteurs de Montrouge ».

Le producteur a pensé à la Roumanie et s'est lancé dans la plus grande coproduction qui ait été faite avec ce pays.

Balzac, auteur idéal pour être adapté à la télévision ?

Il y a des auteurs qui alimentent naturellement le cinéma, et d'autres qui lui résistent (Marcel Proust pour citer le plus fameux). On peut parier que Balzac inspirera des films et des téléfilms tant qu'il s'en tournera. Son grand atout, aux yeux des gens d'images, est qu'il décrit les actions et les évènements plutôt que les pensées de ses personnages.

L'adaptation : entre fidélité et liberté...

A la question « Puis-je restituer dans le film toute l'action qui est dans le roman ? », le scénariste Jean-Claude Carrière a répondu par un oui franc et massif.

Dans son adaptation, la présence de Charles Aznavour a nettement pesé sur l'importance accordée au Père Goriot.

Documentaire : Le Paris du « Père Goriot » - 25'45" - (Thierry Imbert et Claude Cerf, CNDP)

Ce bonus nous entraîne à la découverte du Paris de Balzac. Nous partons à la recherche des traces du Paris d'avant Haussmann et revisitons les lieux grâce à une riche iconographie retraçant le Paris de 1820. Cette promenade commence Rive Gauche par le Quartier Latin, alors misérable, et se poursuit dans les splendides hôtels particuliers du Faubourg Saint Germain, siège de la Noblesse d'Ancien Régime. Puis nous traversons la Seine, à l'époque égout boueux, pour rejoindre la Chaussée d'Antin, quartier de la bourgeoisie d'affaires et des plaisirs mondains.

- Livret de 16 pages : Vie de Balzac, la Comédie Humaine, le Père Goriot, le film, les compléments...

La critique de l'Humanité du 19-02-2005 :

Faible Goriot : Cette nouvelle adaptation du Père Goriot avec Charles Aznavour manque de souffle.

Autrefois fortuné, le Père Goriot vit dans une pension de famille miteuse, ruiné par ses deux filles, Delphine et Anastasie. La première a épousé un banquier, le baron de Nucingen, la seconde, un aristocrate, le sieur de Restaud. Les deux filles lui ont croqué sa fortune et le méprisent. Dans cette pension, parmi les locataires de la mère Vauquer, il y a le jeune Eugène de Rastignac, cousin de la comtesse de Beauséant, belle dame du monde. Il est venu faire ses études de droit à Paris. Goriot, par amour pour ses filles a tout vendu. Ses privations n'ont pas suffi à éviter la ruine, il loge au dernier étage de la pension Vauquer. Celui des plus pauvres.

« Je suis moins faible que le Père Goriot », prévient Charles Aznavour, pas peu fier que pour la réédition du roman de Balzac au Livre de poche, l'éditeur a utilisé sa photo en couverture. Car, s'il dit « s'inquiéter pour ses enfants », il ne peut égaler la faiblesse d'un Père Goriot pour ses filles qu'il a faites aristocrates, alors qu'il mange sa soupe à la table d'une pension de famille. « J'aime les personnages qui ont des problèmes », sourit l'acteur chanteur, attablé dans un grand hôtel biarrot au lendemain de la présentation de son film au Festival international des programmes audiovisuels.

Autant le dire de suite, malgré l'interprétation de Charles Aznavour et plus encore celle de Tcheky Karyo (admirable Vautrin), voire celle de Malik Zidi en Rastignac, cette nouvelle version de Goriot signée Jean-Daniel Verhaeghe ne nous aura pas totalement convaincus. Après celles de Robert Vernay, l'un des derniers films tournés sous l'Occupation en 1944, avec Pierre Larquey dans le rôle titre, et celle avec Charles Vanel dans le téléfilm de Guy Jorré avec Jean-Louis Bory au scénario tourné en 1972 (au temps de l'ORTF), cette version de Jean-Daniel Verhaeghe, pourtant habitué aux oeuvres télévisuelles de grande qualité (les Thibault, le Champ Dolent, la Controverse de Valladolid), nous est apparue sans souffle. Refaire un Goriot n'avait sans doute rien d'inutile, mais reconstituer le Paris de Balzac en Roumanie gâche un peu l'affaire. « Depuis Hausmann, on ne peut plus tourner le Paris de Balzac », se défend Charles Aznavour. Certes.

Cela dit, cela faisait quatorze ans que Jacques Dercourt, le producteur qui en est à son quatorzième film avec lui, rêvait de voir Aznavour en Père Goriot. « J'ai attendu d'avoir l'âge du rôle », sourit le chanteur, cinéphile à ses heures - il possède 1 400 DVD, surtout des classiques - et marmiton, il collectionne les ouvrages de cuisine. Et com- me Aznavour souhaitait composer « un Goriot moins pleurnichard » que ses prédécesseurs, Jean-Claude Carrière, qui a signé le scénario, a ajouté une scène à l'oeuvre de Balzac, celle d'un affrontement (verbal) entre Vautrin et Goriot. Une belle scène. « On ne pouvait pas laisser Goriot seulement amoureux de ses filles », précise Jacques Dercourt. C'est vrai qu'ils les aiment ses filles, le Père Goriot. « Il est deux êtres différents à la fois commente Aznavour, un père d'une faiblesse absolument invraisemblable avec ses filles mais aussi un monsieur qui a fait fortune pendant la Révolution. Donc un malin à qui on ne donne pas le Bon Dieu sans confession. J'ai voulu, indique le comédien, montrer ces deux facettes sans aller trop loin dans la force au début ni dans le misérabilisme à la fin. »

Charles Aznavour n'en aura pas fini avec la télévision, « un monde où il y a moins d'ego ». Il devrait tourner un film abordant la question de la rumeur, adapté d'un roman de Georges Simenon le Petit Homme d'Arkhangelsk, écrit en 1956. D'ici là, il aura eu le temps de faire une tournée de chanteur au Canada en juin. « La vocation d'un artiste, c'est d'être vu », dit-il.

Claude Baudry

La critique de Sud Ouest du 21-2-2005 :

Crapule sympathique. Avec son petit bonnet noir, le Père Goriot, modeste client de la pension Vauquer, vit par procuration à travers ses filles qu'il a richement établies et qui ne le voient plus guère qu'épisodiquement. Mais c'est encore lui qui leur donne de l'argent pour régler des fournisseurs ou des dettes de jeu.

« Anastasie et moi nous l'avons égorgé », avoue, dans un élan de sincérité, Delphine de Nucingen (Florence Darel), mariée à un banquier. Anastasie de Restaud (Rosemarie La Vaullée) est également un « monstre d'égoïsme », selon son interprète.

Ancien négociant en farines ayant fait fortune sous la Révolution, le vieillard côtoie Rastignac (Malik Zidi) et Vautrin (que Tcheky Karyo réussit à faire passer pour une crapule sympathique). Goriot ira jusqu'au bout du sacrifice, après avoir vendu tous ses biens. Pendant que ses filles dansent, il se meurt et aura un « enterrement de pauvre ». A l'agonie, il se révolte, mais il est trop tard. « Le citron pressé, les filles ont laissé le zeste au coin des rues », résume l'auteur dès le début de l'histoire qui a été tournée en Roumanie.

Père de quatre enfants et trois fois grand-père, Charles Aznavour, qui vient de fêter ses 80 ans, pense de son personnage qu'il est « lucide, mais qu'il n'a rien d'autre dans la vie ». Récit d'une passion démesurée, quasi pathologique, « le Père Goriot » est aussi le roman d'un Paris du XIXe siècle gangrené par l'argent et la cupidité, où les fortunes se font et se défont, alors qu'en littérature on est en pleine époque romantique. Et le jeune Rastignac, désormais sans illusions sur le monde, pourra dire à Paris : « A nous deux maintenant. »

La critique de Libération du 21-02-2005 - par Samuel DOUHAIRE

Jean-Claude Carrière adapte sans fausse note «le Père Goriot» - Balzac honnêtement honoré

La relecture télévisuelle du patrimoine littéraire se poursuit avec, ce soir, un des plus célèbres romans d'Honoré de Balzac. Pour rassurer d'entrée les amoureux de la littérature légitimement accablés par le D'Artagnan et les 3 mousquetaires de TF1 (1), précisons que l'adaptation de Jean-Claude Carrière est aux antipodes : fidèle sans aller jusqu'à la vénération, libre sans excès, autrement dit intelligente et subtile. Carrière est notamment parvenu à restituer, voire à renforcer la complexité psychologique de personnages que les lointains souvenirs de lectures adolescentes avaient figés en figures monolithiques. Rastignac (Malik Zidi, d'une belle sobriété), devenu dans le langage courant le symbole de l'arriviste sans scrupule, est ici traversé par le doute et la compassion ; Vautrin le manipulateur machiavélique (Tcheky Karyo, bien plus convaincant qu'en Richelieu dans D'Artagnan) est présenté d'abord comme un séducteur à l'intelligence ravageuse ; et l'amour sacrificiel de Goriot (Charles Aznavour, un poil trop cabotin dans les séquences finales tire-larmes) pour ses filles apparaît dans ses dimensions pathologique, masochiste, quasi incestueuse.

En écho à Balzac qui attachait une grande importance aux personnages dits secondaires de la Comédie humaine, le téléfilm fait une belle place aux seconds rôles, en particulier l'avaricieuse mère Vauquer (Nadia Barentin, très drôle), et l'aristocrate bafouée Madame de Beauséant (Marushka Detmers, touchante). Ce Père Goriot de belle facture fait souvent penser aux Thibault, précédent «téléfilm littéraire de prestige» réalisé par Jean-Daniel Verhaeghe : même mise en scène fluide et élégante, mêmes décors et costumes soignés sans en mettre plein la vue. Avec, toutefois, la même réserve : pourquoi France 2 ne consacrerait-elle pas autant d'argent et de talent à une fiction plus originale, plus audacieuse, plus contemporaine ?

 

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